10h20

Le soleil brille ce matin. Je me suis réveillée un peu fatiguée. Quelle plaie que cette humeur du sommeil ! Quelle douleur que de ne pas toujours réussir à dormir . Dormeur de bonne heure. Rêveuse éveillée. La fenêtre de notre chambre donne sur les prés. Le mur de briques rouges laisse passer la lumière rose du jour. L'eau coule sous le moulin. C'est un son bien particulier. Ce son de la rivière qui remue. J'écoute aussi le silence de la vie à la campagne. Que cela change du brouhaha de la ville. ! Je me parle beaucoup à moi-même. Les arbres ont toujours été mes amis. J'écris des mots, les uns après les autres. J'ai ce côté un peu désuet de la littérature. Je lis La promesse de l'aube de Romain Gary. J'ai pris ce bouquin au lycée car un film vient de sortir, un film avec Charlotte Gainsbourg. Je vous écris à vous. Je vous demande  un peu d'indulgence. Ou pas. Après tout, chacun a le droit de déplorer mon manque style ou le peu d'intérêt que comporte mon texte. Ce n'est pas grave. C'est ainsi. C'est se soumettre au jugement des autres. De ceux que l'on connait et de tous ces anonymes. Que vous êtes. (Je ne vous demanderai qu'une chose : si ce que je jette sur le papier, électronique, mérite d'être jeté dans la poubelle, ne vous permettez pas des méchancetés gratuites, qui n' apporteraient rien, ni à vous, ni à moi. Une critique construite serait, par contre, la bienvenue.)

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11h54

Courir, écrire et lire. Je viens de rentrer d'une sortie de course à pieds. Traquée par le son des fusils de chasse et des aboiements des chiens. La trouille faisait battre la chamade à mon coeur. Des chevreuils me regardaient au loin. J'avais peur d'être l'intermédiaire entre les animaux et les hommes. Un pied devant l'autre, je ne pensais qu'à ce sentiment de survie. Celui qui fait que vous êtes bien heureux d'être en vie. J'avoue ne pas porter de jugement tranché sur la chasse. La théorie de l'évolution fait avancer les idées à ce sujet. Nos machoires nous en racontent, elles qui rétrécissent au fur à mesure que notre alimentation devient de moins en moins carnivore. Pour le moment, je me refuse à devenir végétarienne. Même si je fais des efforts, en consommant moins et mieux. Viandards. Comme mon papa a toujours aimé les steaks bien saignants. Il faut juste les faire cuire quelques secondes dans un sens puis dans l'autre. Courir encore. Quelques mètres de plus, quelques minutes aussi. La fragilté de l'instant me pousse. Aucun talent ne résonne dans mon esprit. Aucune victoire. Je n'essaie pas d'envoyer mon texte à un éditeur. J'écris avant tout pour moi. Et peut-être un peu pour vous. Je ne suis sur aucun réseau social. Il faudrait pourtant vivre avec son temps. Ce temps qui courre lui-aussi. Plus vite. Des photographies remplissent nos yeux. Plus belles et originales les unes des autres. Mais tellement semblables. On veut être celui qui...Celui qui laissera une trace dans (et pour)la postérité. Et je ne déroge pas à la règle. Alors j'écris, comme je suis. Ni Proust, ni Balzac. Mi rien, mi tout. Quand je dis, courir, écrire et lire, je devrais aussi ajouter dormir. Et pourquoi pas plaisir ? Je ne saurais mentir. Mon esprit précipite les idées et les mots mais mes mains n'arrivent pas à suivre. J'ai envie de tout dire. Il ne faut pas. Ni se dévoiler, ni s'exhiber. Cela fait beaucoup de ni. Je ne nie pas.

Une petite coccinelle est collée à la vitre. Les arbres apaisent un peu le bazar de mes pensées. Je me demande ce que je pourrai bien écrire maintenant. Une petite pause serait salutaire.

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13h22

Inspirée. Sans talent. Jamais publiée. Ecrire à se rendre malade. Ne pas avoir de repos. Cumuler son travail et son journal. Préparer la soirée. Boire son thé. Accumuler. Respirer. Ne pas se laisser aller. Ecrire, toujours et encore. Parce-que ça fait du bien. Merci Romain. Je vais bientôt finir ton livre. Cette idée me plait et me rend triste. Comme lorqsue je quitte les gens que j'aime. J'aligne les mots...Toujours des mots. Les enfants sont à mes côtés. Je ne sais peut-être pas écrire. Je n'ai jamais été littéraire. J'étais une élève moyenne. Je commençais toujours l'année avec les meilleures notes. Et puis, je m'épuisais car je n'avais pas le goût du travail. Je n'avais plus l'envie et l'hiver approchant, je rentrais en phase d'hibernation. La lumière des beaux jours me manquait. Je n'arrivais plus à me concentrer. Maintenant, je regrette ce temps perdu. Mon fils essaie d'écrire une pièce à jouer au théâtre d'ombres. Ma fille regarde, attentivement, un reportage sur le pharaon, Aménotèpe III. C'est vrai que la mort les subjugue comme elle les effraie. D'ailleurs, nous avions vu la semaine passée, un film d'animation magnifique sur la Muerta à la mexicaine : Coco. De la magie, de la couleur, de la musique, de belles valeurs qui me correspondent. Les écrans, petits et grands les aimantent. Il faut toujours veiller à ce qu'ils ne passent pas trop de temps devant ces rectangles. J'aime mes enfants. Je me souviens comme si c'était hier de leur venue au monde. Le roman de Romain me parle si fort car je suis aussi cette mère poule, et tigresse à la fois. Je rêve à leur destinée. Et je les rêve surtout vieux et heureux. Leur apprendre le bonheur, c'est leur donner les clés de la vie. Je passe la main dans mes cheveux. Ma chevelure est le signe de ma vie. Brune et bouclée. Des fils gris argent envahissent petit à petit mon crâne. J'ai l'impression de viellir. Ma belle-maman s'active derrière nous. J'ai un peu honte de la laisser tout faire. Je profite de ce temps qu'elle me laisse, comme un cadeau merveilleux. Je profite de cet instant pour la remercier. Je promets de m'occuper d'elle et de beau-papa dès qu'ils ne pourront plus se prendre en charge seuls. Je refuse de mettre les grands-parents de mes enfants dans une maison de retraite. Cette façon de faire de la société occidentale me répugne et me met en colère. Les ancêtres sont nos souvenirs. Ce sont nos mémoires. Passé et avenir sont toujours indissociables.

J'ai passé une robe étoilée pour la soirée. Un collant rose assorti. Je ne me maquille pas. Je ne sais pas faire. Je n'aime pas ça. J'aime le naturel. Comme je parle de mes cheveux. Ce sont, eux, le signe de ma beauté et de ma jeunesse. Qui disparaissent peu à peu. Ainsi va la vie. Ma bouche aussi est un atout. Mes yeux sont petits et pas particulièrement beaux mais ils sont expressifs et pleins de malice. Je sais, je suis prétentieuse et alors ? Dire du bien de soi, ça ne se fait pas ? Qu'est ce que ce monde où la poésie est partie ?  Se connaitre est la première chose à apprendre. On ne ressemble jamais aux autres, même quand on fait tout pour. La modestie, c'est la poésie. La prétention, c'est de la prose. Il faut être un peu de tout ça pour écrire. Le goût du détail. Le moulin et sa décoration désuète. Dans la maison d'enfance de mon mari, meubles de famille et meubles de pacotilles se coitoient. Pas toujours avec accords. Les goûts et les couleurs ne s'expliquent pas. Chacun d'entre nous aimerait une maison qu'il lui corresponde. A quoi cela sert-il ? Nous n'emporterons rien dans l'au delà. Ma belle-mère cumule beaucoup de babioles, de tout style et de toute couleur. Des choses qui ne servent pas beaucoup. Qui ne mériteraient même pas d'être là. Des choses qui font que cette maison est vivante et qu'elle correspond au caractère ouvert de celle à qui elles appartiennent.

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15h09

Ma fille joue de la clarinette. Vive le vent, de saison, en boucle. Quelques morceaux enfantins pour répéter. Je les ai forcé à choisir un instrument. Clarinette pour elle et violon pour lui. Quelques mois pour elle et un peu plus de trois ans pour lui. Des efforts et des progrès. Ce ne seront, probablement pas des virtuoses. Mais la musique sera toujours à leur côté. En écoutant je regarde au loin le paysage qui s'offre à moi. Tel un amant fidèle. J'aime regarder la nature. J'ai toujours aimé ça. L'inspiration et le calme sont toujours là. Le vert est une couleur sublime quand il remplit la campagne de l'air meveilleux. Les ombres jouent déjà car la nuit tombe vite en cette saison. Logique implacable. Les branches nues des arbres donnent un air aussi merveilleux qu'à la campagne. Ombres chinoises sur cette campagne bourguignonne. Comme les origines de ma famille. Comme le ciel qui envahit la terre. Comme la guerre qui a apporté son lot de malheurs et de joies. Comme moi. Qui ne sais rien, qui ne sais pas. Je n'aurai pas le temps d'écrire aussi souvent les autres jours. Je prendrai bien le temps quand il le faudra. Je profite de ces vacances de fin d'année pour écrire. Le temps file...Seules la poésie et la musique restent. Le coeur s'arrête toujours un jour. Douloureuse découverte de notre immortalité.

Ecrire un peu, tous les jours. Donner sur l'écran ce que les auteurs du XIXe siècle couchaient sur le papier. Réfléchir aux sens des mots et à leurs accords, parfaits. Se perdre dans ses pensées. Se dire qu'on pourrait faire mieux. Qu'on pourrait arrêter. En vain. En vers, et contre tout. Envers et contre tous. Envers tous ceux qui trouveront que mon écriture est pénible.

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