8h55

Le goût du détail. Passé son temps à décrire des petites choses qui vous entourent. Comme Erik Orsenna qui vous raconte une histoire du moustique.  Hier, je caressais le dos de mon mari quand j'ai pensé à mon temps d'écriture. Une caresse du bout des doigts qui fait frissonner. Celle qui vous fait sentir la peau encore tiède du début de nuit. Les nuits sont si fraiches en cette saison. On se cache sous la couette, entourés par la housse de coton, comme des rouleaux de printemps. La pleine lune éclairait tellement fort la chambre, que j'ai du fermer complètement les volets électriques. Comme c'était agréable, les bons vieux volets en bois. Cet aluminium me déplait. Les caresses sont aussi douces pour celle qui les fait. Le dos est idéal pour ces douceurs. C'est la plus grande étendue de peau plane de tout le corps. Chez un homme de taille moyenne, le dos représente une grande superficie. Lumière de lune. Caresse luisante. Et une mouche qui tournoie autour de nous et que j'élimine avec le livre de poche de la Princesse de Clève.  Après mettre passé une crème sur les pieds, que j'ai de très secs, même en hiver dans les chaussettes, j'ai pris mon livre. Enthousiaste des romans de Monsieur Orsenna. Qui sait conter le coton, l'eau ou le papier comme personne d'autre. D'ailleurs, je me demande si j'ai lu celui sur le papier. Les références historiques et scientifiques sont assez poussées pour croire à ce que l'on nous dit. Les références bibliographiques donnent envie de se plonger dans des mondes où la réflexion et la compréhension du monde sont la prinicpale aventure...

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Alors ,voici une petite description des orchidées de mémé. Dans deux pots séparés, posés sur le bord de la fenêtre, deux orchidées se font écho. L'une est déjà en fleur, l'autre n'a que ses bourgeons. La première s'étale de tout son long sur le mur, retenue par un petit ruban rouge cloué sur le mur. Les fleurs blanches ou plutôt écrues, tachetées comme des rousseurs ont leur coeur d'un rose tirant un peu sur le prune. On dirait des demoiselles d'une haute société. Fragiles et exotiques. Leur pot, entouré d'un sac plissé vert, leur donne pourtant un air de supérette ou de pacotilles bon marché. Les feuilles larges et grasses s'opposent à leurs fleurs et leurs tiges ressemblent à des racines un peu folles. On attend dans l'autre pot, des fleurs roses. Différentes des premières. Je me demande pourquoi elles ne poussent pas au même moment. Comment, pour une plante semblable, la floraison peut-elle être aussi différente ? La variété apporte t-elle autant de variations ? Il faudrait se plonger dans un livre de botanique sur les orchidées. Ces fleurs sont devenues en quelques années des fleurs appréciées des ménagères intérieures et on les offre souvent sans compter aux personnes chez lesquelles on est invité. Sans se poser la question de savoir si de bons soins leur seront donnés.

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Nous vivons aussi avec une chatte qui nous fait le plaisir de sa compagnie. Elle s'appelle Hope. Elle est noire comme l'espoir. Sa soeur, morte à quelques mois, tuée par une voiture, se prénomait Happy. Comme quoi le bonheur est plus fragile que l'espoir. La féline est un peu coquine. Elle ne sort plus quand nous sommes à la ville mais est dehors au moindre rayon de soleil (ou d'instant de chaleur) quand nous sommes en vacances à la campagne. Et elle chasse. L'instinct ne l'a jamais quitté. Elle ramène sur la terasse, déposé devant la porte fenêtre, petite souris ou petit mulot. Elle dévore les petites bêtes, en entier avec leur tête. Laissant seulement sur le tapis, le petit foie, qui ne se mange pas. Même la queue disparait. Avant de dévorer sa proie, elle s'amuse avec le petit animal, dans une cruauté, sans pareil.On entend la petite souris gémir dans un petit son strident. Des couinements de désespoir et de peur. Lorsqu'on nous dit que la nature est pleine de bienveillance, on se demande bien si on pense alors au chat. Surtout que le pas du chat est aussi une partie de poésie. L'élégance de l'animal n'a rien à envier à sa cruauté avérée ou supposée. J'adore voir notre minette avancer à pas de velours. Lançant l'une après l'autre ses petites pattes délicates. Et puis, elle est tellement caline. Elle vient souvent se blottir contre moi quand je lis un bouquin, allongée sur mon lit. Sa respiration et son calme ralentissent mon rythme cardiaque et apaisent mes angoisses. "Coucou petit chat" disent les enfants qui le voient. Attirés par la boule de poils, qui ne pense alors qu'à fuir devant ces chérubins dont on ne connait pas vraiment les attentions. Ce qu'on sait, c'est que ça prend de la place ces petites bêtes. Dans la maison, dans nos coeurs et dans nos vies. Elles nous apprennent à grandir et à ne pas nous soucier que de nous. Certains se soucient même plus de leur animal de compagnie que de leurs semblables. Et là, on se demande si on n'exagère pas, un peu, notre relation aux animaux.

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Qu'est ce qui marquera la génération de mes enfants ? Ils vivent de nouvelles technologies et d'écrans. La lecture et la rêverie ont disparu de leurs activités. Ils jouent avec la nouvelle console de jeux. Apportés par le père Noël et des parents consentants.  Etait-ce une bonne idée ? Je n'en suis  pas certaine. Il faut vivre avec son temps me dit-on. De ça non plus je ne suis pas convaincue. Et que faire aussi quand on a de mauvais perdants à la maison, moi compris ? Les jeux sont pour nous une compétition qui marque alors intelligence ou dextérité des adversaires par rapport à soi-même. Seul mon mari échappe à cette description peu glorieuse.

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